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De retour! > Camille Postollec > Madagascar > Saint Matthieu
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| Mardi 17 mai 2005 |
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Mbola tsara!
Ah! Ca fait du bien de vous retrouver par ce petit clavier... J'ai bien cru que je ne pourrai plus vous envoyer de message. Cela fait une semaine que je suis à Diego. Malheureusement, ici aussi, il y a de gros problèmes d'électricité. Les coupures peuvent durer plusieurs jours. Ca paralyse énormément le pays. Beaucoup de gens ne peuvent travailler. Mais le plus grave, c'est pour l'hôpital. Il n'y a même pas de groupe électrogène
Cela fait donc une semaine que j'ai quitté Majunga. Je sais que beaucoup d'entre vous ont été touché par l'histoire de Bébé. Je suis d'ailleurs retournée la voir pour amener cette fois ci, nourriture, médicaments et nécessaire de toilette. C'est vraiment une femme en or. Chez elle, ils sont une trentaine à vivre! C'est impressionnant... Ce fut encore un grand moment d'émotion. Jai également rencontré de nombreuses associations qui agissent à Majunga.
Ce fut très intéressant. Il y a beaucoup à faire à tous les niveaux et notamment scolaire puisque dans cette province 60% des enfants ne sont pas scolarisés
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J'ai ensuite pris l'avion direction Diego-Suarez. Le vol fut magique. Les paysages sont fantastiques. Amateurs d'îles paradisiaques, ici vous serez comblés...
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Mon arrivée à Diego fut un peu particulière car je me suis vite rendue compte que ce n'était pas la « bonne » soeur qui m'attendait. Je ne suis pas arrivée dans un orphelinat mais dans une école qui héberge également toute une congrégation. C'était le week-end, donc pas d'enfants et un silence religieux qui ne m'enthousiasmait pas vraiment... Mon départ de cette congrégation a du se faire avec beaucoup de pincettes car la soeur responsable de l'école voulait absolument que je reste avec eux... J'ai quand même pris la décision de me rendre à l'orphelinat pour rencontrer soeur Jeanine qui n'avait apparemment pas reçu les informations sur mon arrivée. Il faut savoir qu'ici, beaucoup de choses sont très compliquées notamment, la communication lorsqu'elle ne se passe pas en direct! |
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Lorsque je suis arrivée, soeur Jeanine était en pleine discussion très agitée avec deux hommes. Je suis restée attendre un bon moment. Face à moi, il y avait un petit qui n'arrêtait pas de me tendre la main mais qui ne parlait pas. Puis, ce fut mon tour. J'ai expliqué la situation à soeur Jeanine. De suite, le contact est très bien passé. Elle m'a alors expliqué les raisons de sa discussion agitée avec les deux hommes qui venaient en fait lui déposer le petit qui me tendait la main dans le jardin.
Elle m'a expliqué que ce petit était physiquement en danger de mort car dans un état très avancé de malnutrition. Même si pour l'instant, son histoire et les raisons de sa venue à l'orphelinat ne sont pas assez claires, soeur Jeanine n'a pas refusé l'enfant car vu son état, il n'aurait pas vécu longtemps. On pensait qu'il avait environ 5 ans même si physiquement, il ne les fait pas. Il ne parle pas, a un ventre énorme, le reste du corps rachitique. Ses cheveux commencent à jaunir comme un petit vieux par l'usure de son corps. Il n'a même pas de nom. Nous avons décidé de lui en trouver un. Elle voulait absolument un nom d'apôtre. J'ai eu plus ou moins libre choix et pour la première fois de ma vie, j'ai choisi le prénom d'un enfant: Matthieu. Etant donné la gravité de son état physique et psychologique, il lui fallait quelqu'un en permanence avec lui. Le destin a fait que je suis arrivée en même temps que lui... Alors voilà, cela fait une semaine que je m'occupe nuit et jour de lui .Cest très prenant!
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Le gros problème, c'est la nourriture. Il est obsédé par cela. Il faut le voir pour le croire. il mange TOUT: cafard, crotte du chien, os, savon... Sa seule occupation, c'est la recherche de nourriture. Il ne sait ni jouer, ni parler, ni sourire. C'est comme un petit sauvage. Au début, j'étais désespérée. J'ai passé deux jours de guerre avec lui. D'un côté de l'orphelinat, il y a la cuisine et tantine qui y travaille toute la journée. De l'autre côté, il y a les marchands de fruits sur le trottoir. Il hurlait tout le temps pour avoir à manger.
A table, c'est de la folie. Il ne s'arrêterait pas de manger. Il fait des crises dangoisse impressionnantes Au début, plus les heures passaient et plus je me demandais comment j'allais pouvoir l'aider. Il ne supportait plus que je l'approche. Il a tous les réflexes d'un enfant maltraité et isolé. En plus, il comprend très bien le malgache mais bien sûr, pas le français!! Jai donc du prendre des cours intensifs! Le problème est que sil est handicapé, sur Jeanine ne pourra pas le garder pour différentes raisons. Sa situation serait alors de nouveau très grave. Heureusement, à lheure daujourd'hui, je suis vraiment vraiment contente car il a beaucoup évolué. Je suis convaincue quil nest pas handicapé. Chaque jour me prouve quil est dailleurs très intelligent.
Nous sommes allées voir le médecin pour lui faire un bilan de santé. Malheureusement, avec tous les problèmes délectricité, nous navons pu faire aucune analyse. Nous avons également rencontré un neuro psychiatre pour savoir sil est ou non muet. Bilan : cest un enfant traumatisé dont le développement sest arrêté à 18 mois. Il faut donc tout débloquer mais impossible de savoir si cela sera possible. Nous avons également rencontré un dentiste pour connaître son âge : environ 5 ans.
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Aujourdhui, lobjectif est de lui apprendre à jouer. Il ne sait pas ce que cest. Je naurai jamais pensé devoir obliger un enfant à jouer. Chaque petit geste autre que la recherche de nourriture est une victoire. Il faut tout lui apprendre: chaussure, fourchette, manger à table, aller aux toilettes, prendre une douche
Cest fou. Mais, il apprend très vite. Mon problème est que je suis en train de mattacher à lui et quil ne le faut pas. Il a une bouille qui fait craquer tout le monde !
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Sinon, en ce qui concerne lorphelinat en, général, sur Jeanine fournit un travail fantastique. Elle est seule à gérer 20 personnes et na ni aide financière de létat ni aide dassociations. Elle vit au jour le jour en priant le bon Dieu (comme elle dit) quil y ait toujours des bonnes âmes pour laider. Mais la vie reste difficile. Nous sommes au régime riz du matin au soir. Dur dur pour mon estomac
Sinon, je nai pas du tout limpression dêtre dans un orphelinat mais dans une grande famille. Pour entretenir cela, sur Jeanine a créé 4 petites maisons familiales. Elle est aidée par deux jeunes femmes bénévoles. Les enfants lappellent maman. Tous ceux dont elle soccupe sont arrivés dans le même état que Matthieu. Parmi eux, il y a notamment Angélica qui à 9 mois ne pesait que 3 kilos at qui aujourd'hui est une jolie jeune fille de 17 ans. Cela fait 36 ans quelle a créé son orphelinat. Pour ne pas abandonner les enfants, elle a du quitter sa congrégation et créer sa propre congrégation (comme Mère Thérésa
). Cest une femme impressionnante avec une sacrée force de vivre pour ses 62 ans.
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Depuis que je suis arrivée, je me rends compte a quel point son travail est énorme. En même temps que larrivée de Matthieu, deux petites sont tombées gravement malade : fièvre Thyphoide. Jai donc également découvert la misère des hôpitaux malgaches. Il ny a RIEN. Il faut venir avec son matelas, ses médicaments, ses bougies pour la lumière
Il ny a même pas leau courante. Il faut aller la chercher à un tuyau darrosage au fond du « jardin ».
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Quant aux wc, cest une calamité. Tout est dans un état de saleté inimaginable. On se croirait dans une usine qui na pas été habitée depuis 20 ans. Il ny a même pas un médecin en permanence. Il ne vient que 2 fois par jour voire parfois une fois pour une petite heure. Il faut donc éviter toute crise hors de ces heures. Quand à linfirmier (car il ny en a quun), il ne vient que si on va le chercher. Il faut donc un garde malade 24/24. Nous avons donc instauré un tour de garde entre sur Jeanine et moi. Jai donc passé pas mal de temps à lhôpital. Ce qui malarme le plus, cest le problème des médicaments. Chaque malade doit acheter ses médicaments à la pharmacie car il ny a rien à lhôpital. Or, ici, pas de sécu et les médicaments sont aussi chers que chez nous voire plus chers avec les frais de transport. Sachant que le salaire moyen est à 20, beaucoup de gens ne peuvent se soigner et meurent par manque dargent. Cest révoltant. Cela fait une semaine que jobserve des situations catastrophiques. Mais que faire ? Pour nous, nous avons réussi à sauver les deux petites. Heureusement pour elles que sur Jeanine est infirmière de formation.
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Voilà voilà pour mes impressions. Elles sont un peu sombres mais je dois quand même vous préciser que Madagascar reste un pays magique et que la gentillesse des gens fait vraiment chaud au cur quotidiennement
Joubliais également de vous dire que dans mon emploi du temps très chargé, je dois également donner deux heures de cours par jour dans une école. Ca aussi, cest une sacrée expérience mais le temps passe donc je vous raconterai cela une prochaine fois
Enfin, je remercie tous ceux qui mont proposé dapporter de laide soit aux enfants, soit aux familles en grandes difficultés. La meilleure chose à faire serait daider sur Jeanine et tous les petits orphelins dont elle soccupe. Avec elle, aucun frais de communication, 100% des dons est reversé aux enfants. Et ils en ont vraiment besoin. Nhésitez pas à menvoyer des messages car je peux en général les lire assez facilement. Je vous embrasse tous. Veloma. Camille
PS : Avant de vous arriver, ce mail a vécu tout un roman ponctué par de nombreuses coupures délectricité. Cest à sarracher les cheveux !...
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