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Mercredi 25 mai 2005


Mbola tsara !

S’ayez, mon périple en brousse s’est terminé et ce, non sans peine… Durant toute une journée, nous avons reconstitué le puzzle de Matthieu. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours tenu le coup face aux difficultés que j’ai pu rencontrer mais là non, c’était trop. La bêtise humaine est vraiment effrayante.


Le père de Matthieu a laissé sa femme mourir suite à son accouchement. Le bébé était mort né mais il a laissé la mère trois jours agoniser avec le cordon ombilical et l’enfant avant de se décider à aller à l’hôpital. L’infection était telle qu’il n’y avait plus rien à faire.


Dans nos discussions, la nouvelle femme du père, nous a également dit clairement et sans aucune gêne qu’elle ne voulait pas donner à manger à Matthieu car elle ne voulait pas ramasser ses escréments ou lui essuyer les fesses. Incroyable mais vrai. Ainsi, pendant 7 mois (depuis le décès de sa mère), il n’a pas été du tout nourri. Il était seul toute la journée et le soir, il subissait la violence du couple. Il n’avait d’ailleurs pas sa place dans la case la nuit et dormait dehors. Selon l’entourage, c’est la faim qui l’a rendu épileptique. Son père nous a également précisé que pour que ça s’arrête, il fallait lui jeter un seau d’eau. 

Ainsi, à 4ans et demi, il a subi la violence, la faim, l’épilepsie et le décès de sa mère dont il a du vivre l’agonie puisqu’elle a accouché à la maison.
Lorsque nous sommes arrivés chez Matthieu, il a fallu aller chercher son père qui était dans la forêt. Lorsqu’il est arrivé, il n’a même pas regardé Matthieu. Alors que ce dernier essayait d’aller vers son père. J’avais vraiment peur que sœur Jeanine décide d’aller jusqu’au bout de sa démarche et laisse Matthieu à son père. Finalement, nous l’avons laissé à sa grand-mère paternelle. Elle a déjà 12 enfants et dit avoir 79 ans alors que son dernier enfant a à peine 2 ans !...  Nous avons fait venir toute la famille devant le maire et le député afin de mettre bien à plat les choses et de s’assurer que les autorités soient informées de la situation. Là aussi, ce fut un moment assez folklorique… La salle était pleine de monde.


Le maire et le député étaient installés comme deux pachas au centre de la pièce et tout le monde mâchait du quat (drogue locale). Il y a même une femme qui en a donné à Matthieu ! Le maire a proposé comme solution pour débloquer Matthieu de lui faire des massages toutes les semaines. Ainsi, selon elle, il devrait se débloquer. De même, toutes les semaines, le père devra apporter du riz et de l’argent pour que sa mère nourrisse Matthieu. En espérant qu’elle ne donne pas tout à ses autres enfants... En ce qui concerne les papiers de Matthieu, c’est son oncle maternel qui s’en charge.

Voilà, c’est dans ces conditions que nous avons du laisser Matthieu.

De toutes façons, nous ne pouvions le garder car le maire nous a informées qu’une plainte avait été déposée contre le père de Matthieu et sœur Jeanine par la famille maternelle. En effet, ils pensaient que le père de Matthieu avait vendu son fils à sœur Jeanine. Il faut savoir qu’ici, il y a un gros problème de trafic d’enfants qui rend tout le monde très méfiant. Nous n’avions donc plus le droit de garder Matthieu. Sœur Jeanine me dit qu’elle pense qu’il est entre de bonnes mains mais moi, je doute étant donné tout ce que j’ai vu et entendu.

Je m’étais préparée à devoir le quitter pour rentrer en France mais je ne m’étais pas du tout préparée à devoir l’abandonner comme ça. C’est vraiment dur à digérer surtout quand on voit tous les progrès qu’il a fait car il a beaucoup de force et de volonté. Les voisins nous ont dit n’avoir jamais entendu le son de sa voix. Là, il chantait et répéter des syllabes. De même, d’un petit sauvage qui ne supportait pas qu’on l’approche, c’est devenu un petit garçon qui tend les bras pour recevoir un câlin. Enfin, ses jouets, pas question de les toucher. Ils sont devenus les siens. Toutes ces victoires sur son passé sont aujourd’hui inutiles puisqu’il revient à la case départ. J’ai vraiment du mal à l’accepter.

Il faut maintenant que je retrouve de nouveaux repères car toutes mes journées étaient rythmées par mon travail avec Matthieu. Ca fait vraiment un grand vide qui rappelle constamment l’atrocité de sa situation.

Ecole Malgache


Heureusement, j’ai les cours à l’école qui me redonnent le moral. Ca aussi, c’est tout un poème mais bien plus positif cette fois ci. Je travaille avec les 7e (CM2) pour les aider à préparer leur examen d’entrée en 6e ainsi qu’avec les 10e (CE1) car les enseignants disent avoir des difficultés pédagogiques. Tout est vraiment différent de chez nous. Il y a 50 élèves par classe. Ils sont tous hyper silencieux.


Au début, ils avaient peur de moi et n’osaient pas parler car c’est la première fois qu’une vazaha (étranger à la peau claire) donne des cours dans leur école. Pour moi, c’est très enrichissant de devoir apprendre le français à des enfants dont ce n’est pas la langue maternelle. Je me rends compte à quel point notre langue est compliquée et difficile à apprendre et à faire apprendre. 

Je découvre aussi des rites qui n’existent pas ou plus chez nous. Je suis dans une école catholique, ainsi, tous les début, fin de matinée et d’après-midi, les élèves prient et chantent. C’est vraiment impressionnant.
L’autre jour, j’installais mes affaires sur le bureau et ils se sont tous levés d’un coup. Je n’ai pas compris pourquoi. Puis, ils se sont tous mis à chanter avec un enthousiasme frissonnant. La chanson qu’ils chantent chaque jour est magnifique et pleine de rythmes chauds. Elle prône un discours religieux auquel bien sûr on est libre d’adhérer ou non mais elle prône également des valeurs universelles essentielles à la construction de chacun.

J’ai trouvé que ce moment était vraiment positif pour la cohésion de la classe mais aussi pour instaurer une rupture dans l’entrée en classe. Bien sûr, sans leur enthousiasme, ce moment perdrait toute sa valeur. Un autre rituel qui a lieu chaque début et fin de semaine : la levée et la baissée du drapeau malgache sur la cours de l’école. Les 600 élèves se réunissent et forment des rangs dignes de l’armée.


Ils chantent tous l’hymne national avec une ferveur toujours aussi frissonnante. C’est vraiment impressionnant et complètement différent de chez nous. Ce genre de choses ne passerait pas du tout chez nous. Or, ici, c’est vraiment positif. Tout un débat autour des différences de sociétés dans lequel je n’ai pas le temps de rentrer… En effet, le temps presse et je dois rentrer manger mon riz… A très bientôt pour de nouvelles voavoa.
Veloma.
Camille

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