recherche :
Accédez au forum Atitam contact impression français english Español Mise à jour : 11/03/2008
Accueil | L'équipe ATI | Actualité | Ecoles | En voyage | De retour! | Devenez Voyageur ATI | Partenaires | Liens | Les forums
Inscription à la newsletter :
Camille Postollec
Tove Kjeang
Tanguy Cariou
Alexis Tardif
Olivier Uguen
Itinéraire
Préparation du voyage
Le départ
Le népal
Vers l'Inde
Aurélie & Bérénice
Aurélie et Nicolas
Sonia et Manu
De retour! > Olivier Uguen > Le départ
Le départ


J’effectuais le premier pas d’une longue série sur le tarmac de l’aéroport de Brest-Guipavas, par une matinée lumineuse du mois de Septembre 1998. Je me souviens encore de ces secondes pendant lesquelles je franchissais l’entrée de l’avion. C’est parti ! Je quittais la Bretagne tant aimée pour l’inconnu, pour le tout est possible après avoir désiré et construit cet envol depuis ma tendre enfance. La planche de surf, mon sac et ma caméra vidéo dans la soute à bagage, je partais l’esprit libre et ouvert !

J’allais comprendre très rapidement que j’entrais dans le flux du monde, là où tout s’organise se désorganise puis se réorganise à nouveau d’une manière totalement différente des prévisions initiales.

« Let go, man , it will be bagus ! »

Le plan de vol était: Brest/paris, Paris/ New Delhi en Inde, New Delhi/ Katmandou au Népal. C’était pourtant simple sur le papier !

Rien ne s’est passé aussi facilement. Au bureau d’enregistrement de mon vol pour l’Inde, à Paris, mon tour arrive ! L’hôtesse au sol me sourit largement et m’annonce que l’avion est complet. Je rate le vol à une place près! Je passe une nuit dans un hôtel près de l’aéroport et reviens le lendemain matin. La compagnie me trouve un autre vol avec escale et changement d’avion à Amsterdam aux pays-bas. Autre mauvaise nouvelle, j’arrive à 23h à New Delhi. La connexion avec Katmandou sera impossible et je n’ai aucune idée de la configuration de l’aéroport. Je verrai bien sur place, n’ayant plus aucun contrôle sur la situation ! Mon bonheur est de toute façon au plus haut. Je pars pour huit mois et rien ne pourra m’enlever la joie de vivre ce rêve tant attendu.

J’arrive en Inde à l’heure prévue, une chaleur étouffante mêlée de poussière m’accueille, l’odeur de l’Inde pénètre mes narines pour la première fois. Je me laisse porter par le flux des passagers jusqu’à la salle de récupération des bagages. Après une demi-heure d’attente, je me rends à l’évidence que mon sac avait décidé de faire son voyage vers le Népal en solitaire. Je me dirige vers le bureau de déclaration de perte de bagages où je rencontre un homme charmant aux moustaches brunes bien taillées, des yeux noirs profonds coulés dans un uniforme bien taillé. Dans un anglais tout teinté d’accent indien, il m’annonce que mon sac a été perdu à Amsterdam lors du transit. La caméra vidéo logée dans son boîtier étanche, le pied de caméra, mes affaires de toilette, la trousse de secours...Bref, ma toute petite maison venait de disparaître. Tout cela était je ne sais où, allait arriver je ne sais quand ! Le fonctionnaire m’annonce que mon sac sera livré à l’aéroport de Katmandou dans quatre ou cinq jours. J’étais en Inde depuis 1h30, il était 23H30, je n’avais plus avec moi que mes papiers officiels, ma brosse à dent, deux livres et ma planche de surf et j’avais devant moi huit mois de voyage !

La fatigue du voyage, le décalage horaire, le problème du sac. J’avais entendu parler du concept de ‘lâcher prise’ Hindouiste et bouddhiste avant le voyage. La pratique se jetait sur moi. J’avais arrêté de fumer depuis deux ans mais ce soir là, je partis m’acheter un paquet de cigarettes !

La compagnie Aérienne m’offre une nuit dans un quatre étoile proche de l’aéroport. Le problème de la nuit ne se posait plus. Je pouvais ainsi me concentrer sur ma recherche de consigne, enfin, un endroit sérieux où je pouvais laisser ma planche pour deux mois. Les aéroports disposent généralement de ce service mais j’étais en Inde et plus rien ne semblait être sûr ! L’information m’arriva rapidement grâce à la curiosité des indiens se trouvant autour de moi (une planche de surf à New Delhi ! Pourquoi pas une bouteille de plongée au milieu du désert ?). Je devais sortir de l’aéroport, faire le tour et aller derrière. Là je trouverai un endroit où je pourrais laisser ma planche.

Des barrières font face à la sortie des arrivées. Derrière ces barrières, une foule de personnes s’entassent les unes contre les autres pour vous lancer des :

- «Hey Misterrr, taxi misterrrrr »

Un autre homme criait:

- "Hello misterrrr, wherrrre arrre you goinggg? Wherrrre do you cooome frrrom?

J’étais sonné sur place. Je venais de rencontrer le choc culturel le plus violent jamais ressenti avant. Je répondis alors à la question, dans ma naïveté :

- « France. I’m from France ! »

J’entendis soudain une dizaine de personnes qui criait avec joie et grands sourires:

- "Zidane, Ziiidane, champion of the world!!!!"

L’équipe de France de football venait de remporter la coupe du monde de football trois mois plus tôt. Cette victoire allait me suivre partout lors de mon périple, et parfois dans les endroits les plus improbables !

J’évite le contact direct avec cette foule. J’avais vécu six semaines en Indonésie deux années plus tôt et cette expérience passée me permis de sourire à la situation m’évitant sans nul doute une crise de panique aigue !

Je contourne l’aéroport et me dirige vers un petit magasin d’où se dégage une lumière pâle dans la nuit noire. Des hommes sont là, allongés par terre, adossés à des sacs.

Je choisi de m’adresser à deux personnes assises à un bureau :

- « Est-ce bien ici la consigne de l’aéroport ?

- Oui, oui, c’est bien ici ! »

Mon regard fait le tour de la pièce. Il est une heure du matin, je n’ai plus mon sac, plus de vol pour Katmandou et je m’apprête à laisser ma planche de surf pendant deux mois dans ce lieu sans protection et servant visiblement de dortoir à quelques locaux. N’ayant pas d’autres solutions et épuisé de désespoir, je laisse ma belle parmi des valises en me disant que la chance de la retrouver dans deux mois était bien faible.

Je rejoins l’hôtel luxueux à pied, chargé de mon petit sac à dos. Je viens de démarrer mon tour du monde sur les chapeaux de roue ! Je m’attendais à faire face régulièrement à des problèmes, des galères de voyage mais là, visiblement, je n’avais pas eu le droit au moindre échauffement.

L’hôtel est immense et ressemble à un énorme rectangle de béton sans charme. De ma chambre, j’aperçois des familles qui dorment sur le trottoir d’en face. Je relativise rapidement ma position confortable et m’endors pour quelques heures d’un sommeil lourd. Demain, je dois trouver un vol pour le Népal !

Suite

@Ad Terram Incognitam 2004 - Réalisation Cognix-systems sous WebGazelle